Consumerism & the Limits to Imagination

Dans le documentaire « Consumerism & the Limits to Imagination », Justin Lewis, professeur en communication, avance que le système capitaliste est un système très fermé et ne laisse pas la place à l'imagination d'une meilleure alternative. Lewis aborde certains aspects du consumérisme et leur rapport au manque d'imagination collectif, tel que la croissance infinie, notre rapport au bonheur, l'environnement, la publicité et le journalisme.

La croissance infinie

Publicité Coca-Cola Life promouvant l'image de la bonne vie

Le succès du modèle capitaliste est basé sur deux idées liées qui sont "l'image de la bonne vie" obtenue grâce à l'accumulation de biens de consommation, et le concept de croissance économique infinie.

Le système capitaliste ne peut imaginer un monde dans lequel nous avons assez de biens matériels. Il ne cède pas la place au consommateur de réfléchir à quoi faire des biens qu'il aquérit. En partant de ce constat, on peut considérer que le capitalisme est un système posant des limites fondamentales à l'imagination. C'est un système très fermé.

Il y a deux problèmes économiques causés par la croissance infinie.

Le premier est que le la valeur de chaque bien que l'on acquiert diminue en fonction du nombre de bien que l'on possède déjà.

Le deuxième problème est que le système capitaliste promettait un futur où le temps de travail serait réduit à 4h par jour, grâce aux avancements technologiques. Cette promesse n'a pas été tenue, et le temps de travail est toujours maintenu à 40h par semaine. Le nombre de biens a par contre continué d'augmenter dans les ménages. Plus de biens sont acquis, mais le temps que l'on a à disposition pour en faire usage reste statique.

Le consommateur rationnel

Une surabondance des produits dans les rayons relève un nouveau problème au centre du système capitaliste. C'est là que se trouve le consommateur rationnel. Ce dernier prend des décisions rationnelles concernant le meilleur produit au meilleur prix. Ce comportement donne tout son sens au consumérisme et fait que la roue tourne infiniment. Ceci est, jusqu'au moment où il y a une surabondance de produits, et que le consommateur rationnel doit se comporter différemment. S'il est vraiment rationnel, il va réaliser qu'il n'a pas le temps d'agir en tant que consommateur rationnel, et va donc prendre la décision rationnelle d'arrêter d'agir en tant que consommateur rationnel.

Croissance économique et bonheur

L'argument principal du capitalisme est que tout le monde va devenir plus heureux en consommant davantage. Cet argument a largement été véhiculé grâce à la publicité et aux personnalités politiques en faveur du capitalisme.

Durant les deux dernières décennies, il y a eu un nombre important de recherches effectuées à propos de la « qualité de vie ». Cela inclut des critères tels que la santé physique et psychologique, l'absence de crimes dans la société ou la manière dont nous percevons notre bien-être personnel. Toutes ces recherches ont démontré qu'il n'y a plus de corrélation entre le PIB et la qualité de vie dans les pays occidentaux.

Salaire moyen et bonheur aux États-Unis. Source

Au contraire, on peut même assumer qu'un matérialisme excessif a un impact négatif sur notre bien-être, car il nous éloigne des aspects sociaux de la vie qui nous apporte un réel sens d‘accomplissement personnel.


Consumérisme et environnement

Le troisième problème avec le capitalisme dans le 21e siècle est la dégradation de l'environnement résultant du consumérisme. Un système demandant une croissance infinie dans un monde possédant des ressources limitées va de toute façon créer des problèmes majeurs à un moment donné.

Un de ces problèmes est la production de déchets considérable lors de la production, du transport, de la consommation, et lorsque l'on jette des biens de consommation. Pour se débarrasser de ces déchets, c'est l'argent public qui est utilisé afin de financer le personnel et les infrastructures nécessaires. Pour certaines des villes les plus pauvres au monde, cela représente 20-50% de leur budget uniquement pour le traitement des déchets, au lieu d'investir dans les soins et l'éducation.

Le deuxième dommage collatéral du consumérisme est l'utilisation de combustibles fossiles émettant des gaz à effet de serre dans l'atmosphère et ainsi affectant l'écosystème. Le changement climatique a été étudié depuis plus d'un siècle, mais c'est en 1980 que les chercheurs ont remarqué un niveau critique et alarmant.

La solution à ces problèmes est simple, mais c'est une solution que le consumérisme ne peut comprendre : il suffit de moins consommer. Le capitalisme est devenu économiquement incohérent et n'est plus capable de nous maintenir heureux ou en meilleure santé.

Publicité et les limites de l'imagination

L'industrie publicitaire est l'industrie culturelle dominante. C'est là que se trouve la plus grande concentration de talent et d'énergie qui sculptent et construisent des mondes imaginaires alternatifs.

Placement de produit dans la série télévisée Breaking Bad, (2008 - 2013)

La publicité crée un état constant de désir non défini chez le consommateur. Il souhaite acquérir et consommer, mais il ne sait pas quoi. C'est là que la publicité intervient en présentant tel ou tel produit comme la chose indispensable à avoir. Cette pratique est présente partout et a transformé chaque industrie culturelle à laquelle on peut penser, incluant l'internet, la télévision, les films et la musique populaire.

Individuellement, les publicités sont plutôt innocentes, mais collectivement, elles portent un message profondément politique. Elles nous incitent à nous concentrer sur l'instant de consommation et nous rendent aveugles face aux réels problèmes causés par le capitalisme, comme le changement climatique. Ces messages répétés sans cesse et en masse nous laissent très peu de place à imaginer des solutions et des modes de vie alternatifs.

Le journalisme

Si l'on observe l'évolution du journalisme à travers les siècles précédents, il y a deux notions qui rivalisent. La première fait valoir des valeurs très démocratiques. L'actualité doit nous garder bien informés et remettre en question le savoir établi. La deuxième notion part du principe que pour garder le journalisme profitable, il faut qu'il ait une durée de vie très courte. L'objet illustrant au mieux cette notion est le journal. Il devient obsolète le jour suivant, on le jette, et on en acquiert un nouveau. Ce business model a créé l'idée que l'actualité doit toujours être à jour, mais sans forcément véhiculer de nouvelles idées Assimilation et authenticité

Assimilation et authenticité

Mythologies de Roland Barthes démonte l'imagerie de la France des années 1950. C'est un classique enseigné dans les écoles de communications, (1957)

J'ai souhaité approfondir certaines notions résultantes du consumérisme afin de mieux en comprendre les enjeux. La première concerne la constante réappropriation dont font preuve les publicitaires afin d'inventer de nouveaux modèles de communication. La deuxième, tourne autour du consommateur, est la notion d'authenticité, qui agit tel un carburant faisant fonctionner la machine consumériste. Je m'appuie pour cela sur deux articles de Rob Horning, « The “Sharing” Economy » et « Authenticity as a Service. Networked Society and the Disavowal of Self-Representation ».

Assimilation

Le consumérisme a fait ses preuves en se réappropriant les critiques en s'y adaptant. En faisant cela, il peut se débarrasser très facilement de cesdites critiques en les transformant en une forme d'étude de marché, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles opportunités de profit. Ces critiques deviennent des techniques de persuasion pour communiquer à des consommateurs qui ont l'impression que leurs intérêts sont pris en comptent.

Tendance de packaging vintage créée afin de contrer les critiques de l'homogénéisation des marques et la disparition des pop up stores

Tendance de branding vert pour aller dans le sens des activistes écologiques.

L'authenticité comme service

Barbara Kruger "I shop therefor I am", (1987)

L'authenticité est une expérience très redondante, mais elle occupe une place centrale au sein du système consumériste. Elle permet de répondre à la question « Que fais-je réellement ? », en valorisant le non-travail. Le consommateur est ce qu'il consomme, ou comme disait le slogan de Barbara Kruger, « I shop, therefore I am ».

Il n'a jamais été question de créer des produits authentiques, mais de créer des produits donnant au consommateur la sensation d'être authentique. Les services de marketing utilisent l'authenticité comme un moyen de créer de la demande malgré une abondance. Le consommateur paye des fournisseurs de sincérité comme des marques artisanales, des vendeurs Etsy, ou des artistes.

Il devient de plus en plus difficile d'utiliser l'authenticité comme argument de marketing, car les personnes authentiques ne sont pas censées être influençables par définition. Pour pallier à ce problème, les agences de marketing se basent sur des systèmes de données collectées auprès des consommateurs afin de connaître leurs habitudes de consommation, et ainsi leurs présenter leurs désirs les plus authentiques. Aux yeux du consommateur, qui est plus authentique que le consommateur lui-même ?

Une nouvelle forme d'économie du partage

Pour conclure, je me suis intéressé à la pratique de Jack Self, architecte basé à Londres et fondateur de la REAL Foundation. Jack s'intéresse à des modèles de propriété alternatifs et aux formes de labeurs contemporaines. Il allie économie et architecture afin de créer des systèmes de propriétés qui vont à l'encontre du capitalisme, au sein du capitalisme lui-même.

Sources